24.3.10

1.6

Migraine folle. Envie de tout arrêter. La défaite d'hier m'a dégoûté, j'aurais du m'y attendre mais peu sont ceux qui vont sur le champ de bataille en sachant qu'ils vont perdre. Même le soldat le plus frêle de la garnison, seul face à un bataillon entier de panzers, se dira qu'il a une chance. Nous pensons tous être des surhommes, des immortels, des extraordinaires. Or, comme je l'ai déjà dit, nous finirons tous en sueur à chercher dans les draps une mort qui prendra tout son temps.

Elle avait de jolis yeux pourtant, ma mort à moi. Une taille de guêpe et le teint pâle comme après une saignée. Elle venait de l'est, elle était bête et bêtement moi aussi, j'en étais tombé amoureux. Car le cœur a tôt fait, s'il n'est nourri de rien pendant plusieurs années, de s'enflammer follement même si les braises sont tièdes. Cette fille était une braise tiède corsetée dans un rêve, l'image est difficile mais c'est à peu près ça. Ce qui me chagrine le plus là-dedans ce n'est pas tant de ne pas avoir pu l'embrasser, la prendre ou lui faire mal, non, c'est de ne jamais avoir pu ressentir dans son regard que j'étais attirant. Jamais elle ne s'est dit : "j'aimerais en faire mon quatre heures"...je n'ai toujours été qu'une vague connaissance évoluant devant elle pendant un court laps de temps.

Je ne sais pas s'il y en aura d'autres, j'hésite à m'arracher la bite pour la donner aux chiens...au moins, je rendrais service. Je dramatise, c'est sans doute comme ça que les gens font quand ils n'ont pas ce qu'ils veulent, ils se plaignent, ils s'en prennent aux dieux. Je n'ai à m'en prendre qu'à moi-même et je n'ai qu'à en vouloir au hasard. On ne peut pas tomber amoureux de n'importe qui, c'est un sentiment bien trop noble et bien trop fou pour qu'il soit autre chose qu'une exception, qu'un coup de théâtre et malheureusement la vie est parfois routinière et les coups de théâtre sont des cadeaux du temps.

Il ne me reste plus qu'à dormir plusieurs nuits d'affilée pour peut-être la recroiser en rêve et pour qu'enfin là-bas, sur mon terrain, mon phantasme lui souffle du désir dans les yeux, qu'elle me regarde un temps, un temps fou où tous nos yeux mêlés sont encore plus choquants qu'une fornication en pleine rue, où le désir prend, soumet, écrase et embrasse, tout ça sans rien faire, si ce n'est baiser par la pensée, si ce n'est devenir amoureux.

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