Deuxième nuit sous la ville, à la recherche de ce qui a pu pousser un tel cri la nuit dernière. Une seule certitude, ce n'était pas humain, et à en juger par la résonance, c'était plus gros qu'un chien. Peut-être un groupe d'hommes dans une même agonie, non, improbable, plutôt une bête, une bête encore inconnue. Je me demande si je deviens fou. Mais le silence ininterrompu qui règne dans ces stations de métro abandonnées m'est beaucoup plus favorable que tout le reste. Là dessous, j'y trouve tout ce que j'étais venu chercher en quittant mon foyer, j'y trouve une atmosphère, propice à la pensée et qui soulage un peu l'absurdité délirante du dessus. Reste la bête, est-elle blessée ou est-elle affamée, si mes théories venaient à se confirmer, je devrais faire très attention. Une autre question me vient : si une telle bête existe, mon devoir est-il de la combattre ou de la laisser tranquille ? Peut-être est-ce un monstre pacifique, si non, si elle était sanguinaire, le monde la connaîtrait déjà sûrement. A part si elles s'attaquent aux plus défavorisés, à ceux qui peuvent mourir sans que personne ne s'en soucie ni ne les regrette. Dieu sait qu'il y en a un sacré nombre d'indésirables dans un tel sous-sol. Des sans-abris pour la plupart, des fous aussi, des camés jusqu'à l'os, quelques enfants perdus qui vieillissent à vue d'œil et des femmes qui ne ressemblent plus à des femmes mais à des hommes très laids. Si la bête existe, elle peut très bien se nourrir de toute cette chair pestiférée en toute quiétude. Elle est peut-être là depuis un siècle au moins, elle serait venue dans les cartons des travailleurs étrangers venus aider à la construction des différentes stations. Le climat sourd et abominable du dessous l'aurait fait muter. Si la bête existe, elle est aveugle ou nyctalope, elle n'est pas nécessairement plus épaisse qu'un bœuf mais à la différence de ce dernier, c'est une prédatrice. Si la bête existe, elle n'est pas seule, elle a sans doute des petits.
J'ai vraiment du passer trop de temps devant l'Ecran, j'imagine tout cela alors que c'est purement impossible. J'invente cette bête pour occuper mes nuits et y trouver un but, oui, ça doit être ça. Ce n'était qu'un cri d'alcool comme tant d'autres, ce cri fut amplifié par la distance et la courbe des tunnels. Je ne suis qu'un fou cherchant une raison derrière toute cette folie. La bête n'existe pas, elle ne pourra jamais exister. Ici il n'y a que les hommes, ce sont les bêtes maléfiques et les fous malfaisants, ce sont eux les diables et les esprits frappeurs, ce sont eux qui tuent et qu'il faut punir, radicalement. Je ne peux pas me mettre à tuer non plus, cela n'aurait pas de sens et connaissant ma maladresse naturelle, je me ferais vite attraper. Dois-je me contenter d'avoir sur le dos et regrets et sanglots, sans jamais pouvoir m'en défaire ? Dois-je me contenter d'un monde où il n'y a aucune bête féroce à tuer et où ce sont les hommes les monstres et les impunissables ? Il faut que je remonte à la surface, quelque chose cloche et c'est peut-être moi. Je redescendrai dans quelques jours, histoire de savoir si oui ou non la bête existe.
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