Cinquième jour loin de la maison. Une vague odeur de vomi sur tous mes vêtements, la rue déteint sur moi. Je n'ai vu personne aujourd'hui, j'ai passé mon temps face au miroir. En fond, Prokofiev me jouait cet air connu de tous mais que nul ne saurait nommer, en fait, il s'agissait de la Danse des chevaliers tiré de son ballet Roméo et Juliette opus 64. L'exactitude des choses n'intéresse plus grand monde, on se contente de flotter de nos jours en se disant qu'on a déjà entendu ça quelque part. Nous aurons probablement la même pensée lorsque nous serons devant la fin du monde, "la fin du monde ? J'ai déjà entendu ça quelque part"
Je suis loin d'être parfait mais j'ai quand même beaucoup de mal à ne pas être pris d'un violent haut le cœur chaque fois que je descends de chez moi pour marcher dans la cité. Les mêmes questions reviennent sans cesse. Pourquoi les gens semblent si tristes alors qu'ils ont tout à portée de main ? Pourquoi n'y a-t-il que des plaintifs ou des faibles d'esprit pour prendre la parole ? Le concept de Force est-il totalement révolu ? Est-ce que cette jolie fille me voit tel que je suis ou est-ce qu'elle ne distingue que le voile ignoble qui m'habille ? Pourquoi n'y a-t-il personne pour se plonger dans l'enfer de mon regard ?
J'ai cette curieuse sensation aussi quand je croise un homme ou une femme de foi, je me dis : "Il (ou elle) doit sûrement lire en mon âme et comprendre que j'ai tout du nouveau Christ ou du fils de Satan". Je me trompe sans doute, je ne suis rien pour ce monde que quelque lignes qui se dévorent les doigts.
Le miroir ne m'a dit pas grand chose, il m'a dit que j'étais beau et je suis beau car je m'habitue de plus en plus, de mieux en mieux, à mon visage d'homme. Il m'a dit aussi qu'il fallait que je continue à me creuser de la sorte, parce qu'il n'y avait d'autre moyen pour un jour comprendre quelque chose à tout ce cirque. Il m'a dit que la sagesse était de toujours aller vers la décadence. Il m'a dit de continuer à sentir mauvais, de continuer à me nourrir prosaïquement, de continuer à vivre comme un mort de faim. J'aimerais parfois, pour faire plaisir à mon miroir, que la seule et unique couche que je possède soit une planche à clous. J'aimerais aussi qu'il se brise au moment même ou une belle nue m'attrape par la taille.
J'aimerais que demain, tous les avions et les trains restent à quai. Qu'ils ne restent que les hommes et qu'ils soient obligés enfin, à faire la vie ensemble.
Je suis sorti juste avant les funérailles de Juliette, la nuit s'était déjà posée et au loin, derrière le calme, quelques rires claquaient.
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